Dans la construction, la qualité des finitions ne se limite pas à l’esthétique : elle repose sur des normes précises. Ces règles, appelées tolérances, définissent ce qui est considéré comme un travail bien exécuté. Trop souvent, en Afrique, les chantiers sont jugés “acceptables” à l’œil nu, alors que des défauts invisibles à première vue compromettent la durabilité.
1. Qu’est-ce qu’une tolérance en bâtiment ?
Une tolérance est une petite marge d’erreur acceptable dans l’exécution d’un ouvrage.
👉 Exemple : un carrelage ne doit pas avoir un joint de 5 mm si le DTU prévoit 1 à 2 mm. Une porte peut tolérer 1 à 2 mm de décalage pour fonctionner, mais pas 1 cm.
Ces règles garantissent :
- Une esthétique régulière (alignement, symétrie),
- Une durabilité (moins de fissures, de décollements, d’infiltrations),
- Une sécurité (normes électriques, sanitaires).
2. Les normes de référence : le cas des DTU français
En Afrique, beaucoup de professionnels s’inspirent des DTU (Documents Techniques Unifiés) utilisés en France. Même si tous les matériaux ne sont pas identiques, ces documents constituent une base solide.
Quelques repères :
- Carrelage :
- Largeur de joints recommandée : 1 à 2 mm pour du carrelage rectifié, 2 à 5 mm pour du carrelage classique.
- Alignement vérifié avec un cordeau ou un laser.
- Enduits et murs :
- Tolérance de planéité : écart maximum de 5 mm sous une règle de 2 mètres.
- Pas de fissures visibles après séchage.
- Peinture :
- Surface uniforme, sans coulures, sans manque de couvrance.
- Teinte homogène sous lumière naturelle.
- Menuiserie :
- Jeux fonctionnels autour des portes et fenêtres : 2 à 4 mm maximum.
- Fermeture fluide sans forcer.
- Électricité :
- Respect des hauteurs de prises et interrupteurs (en général 1,10 m pour interrupteurs, 30 cm pour prises).
- Mise à la terre obligatoire pour les prises et équipements.
3. Adapter les normes aux réalités africaines
L’application stricte des DTU peut parfois sembler difficile, notamment à cause :
- De la qualité variable des matériaux locaux (carreaux légèrement déformés, bois humide, etc.),
- Du climat (chaleur, humidité, pluies abondantes) qui influence les temps de séchage et la tenue des produits,
- Des outils limités utilisés par certains artisans.
👉 Cela ne veut pas dire qu’il faut baisser la rigueur. Il faut au contraire adapter les méthodes :
- Choisir des matériaux bien calibrés même s’ils sont locaux.
- Prévoir des protections contre l’humidité (soubassement, traitements).
- Utiliser des outils simples mais efficaces : niveaux à bulle, règles de 2 m, lasers de chantier accessibles.
4. Pourquoi viser un standard international ?
Dans le bâtiment, “presque bien” n’est pas suffisant. Respecter des tolérances précises apporte trois grands avantages :
- Valoriser le patrimoine : une maison ou un immeuble construit selon des standards internationaux prend plus de valeur à la revente ou à la location.
- Satisfaire une clientèle exigeante : de plus en plus de clients africains comparent avec l’Europe et attendent le même niveau de finition.
- Réduire les litiges : des règles claires permettent de juger objectivement si un travail est conforme ou non.
5. Exemple concret : deux chantiers de carrelage
- Chantier A (sans tolérance) : les carreaux sont posés rapidement, les joints varient de 2 à 6 mm, certains carreaux dépassent légèrement. Résultat : le client se plaint, le sol paraît irrégulier, et le carrelage se décolle dans certaines zones.
- Chantier B (avec tolérance respectée) : pose avec croisillons de 2 mm, alignement contrôlé au cordeau, planéité vérifiée avec une règle de 2 m. Résultat : rendu uniforme, esthétique, durable.
👉 Le deuxième chantier n’a pas forcément utilisé les matériaux les plus chers, mais il a respecté les normes d’exécution.
Conclusion
La qualité d’un chantier ne dépend pas seulement des matériaux ou du prix, mais du respect des tolérances et des normes de mise en œuvre. En Afrique, viser ces standards est un gage de sérieux, de durabilité et de confiance avec les clients.
Message clé : Un travail bien fait est celui qui respecte les tolérances admises, pas celui qui se contente d’être “à peu près correct”.

